Douze traits pour faire aimer votre Héros

Créé le 25/09/2018 Stéphane Arnier
Cet article est l'adaptation française de Twelve Traits for a Lovable Hero écrit par Chris Winkle.
Merci à MythCreants de l'aimable autorisation accordée à Scribbook pour la traduction et l'adaptation française de ses articles.
  En bleu, nos annotations et précisions complémentaires ajoutées à la traduction.

Un héros qu’on apprécie est l’ingrédient indispensable d’une bonne histoire. Malheureusement, aimer le personnage en tant qu’auteur ne garantit en rien qu’il sera aimé de votre lectorat. Afin de favoriser l’attachement d’un large public, donnez à votre protagoniste quelques traits qui le rendront appréciable. Montrez ces traits dès le début de votre histoire : cela permettra au personnage de faire une première bonne impression.

Quels sont les traits qui font aimer un personnage ? En voici une douzaine. Afin de mieux comprendre pourquoi et comment ils fonctionnent, ils sont regroupés en trois catégories : compassion, altruisme et divertissement.

 

TRAITS LIÉS À LA COMPASSION

Harry Potter est un orphelin maltraité par son oncle et sa tante.

Il s’agit de traits qui dépeignent votre personnage comme opprimé ou défavorisé. Pour l’essentiel, le mécanisme consiste à rendre le lecteur désolé afin qu’il s’intéresse à la façon dont le personnage va s’en sortir. Pour que ces traits fonctionnent, le lecteur ne doit pas avoir l’impression que le personnage est responsable de sa situation. Celle-ci doit également sembler naturelle et importante pour l’histoire (si le lecteur a le sentiment que vous avez affublé votre personnage de ces traits juste pour jouer sur la corde sensible, vos efforts provoqueront l’effet inverse).

 

1. Pauvre

Katniss doit chasser parce que sa famille n’a pas assez d’argent pour acheter à manger.

Votre héros a du mal à joindre les deux bouts. Ce ne sont pas seulement des factures impayées qui s’accumulent : il doit être privé de quelque chose d’important. Peut-être qu’il dort dans la rue, qu’il doit survivre sans soins médicaux, ou qu’il doit se contenter de quatre heures de sommeil par nuit parce qu’il cumule les petits boulots.

Il est encore plus facile de créer de la compassion pour un enfant, car les gens accusent souvent les adultes d’être responsables de leur pauvreté. Cela ne veut pas dire que ce trait ne fonctionnera pas avec un adulte ; le lecteur a juste besoin de comprendre comment le personnage en est arrivé là. Peut-être a-t-il besoin d’un médicament hors de prix ? Ou peut-être qu’il ne peut travailler à plein temps parce qu’il doit s’occuper d’un parent ou d’un enfant à charge ?

 

2. Solitaire

Emmet fait la fête avec sa plante verte parce qu’il n’a pas d’ami.

Votre héros n’a personne dans sa vie, alors qu’il voudrait clairement que ce soit le cas. Il échoue à chaque fois qu’il tente de se rapprocher de quelqu’un, et use de substituts (par exemple des photos de défunts ou de célébrités) pour tenter de combler le vide.

La solitude est plus facile à mettre en œuvre avec des personnages mûrs qu’avec des enfants ou des jeunes adultes. Les enfants ont souvent des parents ou tuteurs pour s’occuper d’eux, et ils ont en général plus de temps et d’opportunités pour se faire des amis. Un enfant qui joue à la dînette avec un animal en peluche renvoie une image plus mignonne que triste. Ceci dit, cela peut fonctionner avec un personnage jeune si vous montrez et expliquez pourquoi il est seul. Être quelqu’un d’étrange ou de socialement inadapté est rarement suffisant ; le personnage doit posséder une raison valable d’être ainsi isolé.

 

3. Opprimé

Judy et Nick luttent contre une forme de sectarisme

Votre héros est maltraité par d’autres gens, et le lecteur est le témoin de sa détresse. Peut-être le personnage est-il traité durement par ceux qui devraient s’occuper de lui, ou est-il rejeté d’une communauté, voire traqué.

Ne laissez pas ces mauvais traitements devenir exagérés jusqu’à l’absurde. Commencez par trouver une explication crédible à ce sectarisme ou ces abus. Ensuite, effectuez des recherches sur la façon dont cela se passe dans la réalité. Enfin, souvenez-vous que votre personnage s’est forcément adapté d’une manière ou d’une autre à ces conditions difficiles.

Les traits basés sur la compassion ne sont pas applicables à toutes les histoires, car les héros peuvent être issus d’une large variété de backgrounds. Il est intéressant de noter qu’inspirer de la compassion n’exige pas forcément de votre personnage qu’il soit quelqu’un de bien.

Note : Le risque des traits liés à la compassion est que, mal gérés, ils peuvent provoquer chez le lecteur un sentiment de pitié. La pitié est une émotion cousine du mépris. Qu’il soit pauvre, solitaire ou opprimé, veillez à ce que le personnage ne passe pas son temps à s’en plaindre, qu’il ne se complaise pas dans sa situation, et surtout montrez ses efforts pour s’en sortir. Autrement, ce trait qui devait le faire aimer risque fort de le rendre irritant...

 

TRAITS LIÉS À L’ALTRUISME

Sam ne peut pas porter votre histoire, mais il peut vous porter, vous.

Il s’agit de traits qui illustrent comment votre personnage fait passer les autres avant lui-même. La meilleure façon de mettre en scène ces traits est de montrer ce qu’ils coûtent au personnage. Si votre personnage aide un chat à descendre d’un arbre, l’action aura plus de poids si cela le met en retard pour aller au travail ou s’il en récolte de nombreuses griffures.

 

4. Responsable

Dans Battlestar Galactica, Madame la Présidente ne dort jamais

Votre héros se dédie à des tâches dont personne d’autre ne veut. Quand quelque chose ne va pas, il est celui qui accepte de s’en occuper. Ses efforts ne sont jamais remerciés, mais il ne fait pas cela pour la gloire : il le fait parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.

Si votre protagoniste est assigné à une mission ou réalise un travail sur commande, sa responsabilité mettra du temps à se voir. Faites alors en sorte que la tâche soit désagréable ou risquée, mais très importante. En bonus, vous pouvez faire en sorte qu’un autre personnage s’en attribue le mérite.

 

5. En charge de quelqu'un

Dans la série Chasseurs de Trolls, Jim se rend très vite attachant parce qu'il s'occupe de sa mère.

Votre héros comble les besoins d'une ou plusieurs personnes : il les réconforte, les protège, les nourrit, les borde le soir. Il va au-delà de leurs attentes, reste éveillé tard pour eux ou organise des activités à leur intention.

Ce trait fonctionne mieux pour des personnages masculins ou des enfants. En effet, la société attend déjà des femmes qu'elles s'occupent des autres, ce qui malheureusement rend plus difficile de dépeindre leurs efforts comme extraordinaires. Attribuer ce trait à un protagoniste masculin permet de faire coup double : cela le fait aimer du public, et cela contribue (un peu) à changer les mentalités...

 

6. Modeste

Neo insiste : il n'est pas l'Élu, et n'a rien de spécial.

Votre héros est humble, voire se déprécie lui-même. Il aurait pourtant des raisons de se mettre en avant – il fait un travail admirable. Mais il ne pense pas tant de bien de lui-même, refuse les louanges, les paiements ou les récompenses qui lui sont offertes.

Si votre personnage a besoin d'une faiblesse pour entamer son arc narratif, cela peut en faire office. Au fil de l'histoire, il peut apprendre à se voir sous un meilleur jour et à accepter les récompenses qu'il mérite.

 

7. Héroïque

Jessica Jones se met en danger en permanence pour protéger les autres.

Votre héros s'interpose pour protéger les autres d'une menace physique. Peut-être est-il mieux équipé pour résister que ses protégés, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il s'en sortira indemne. En protégeant les autres, il prend de réels risques pour sa propre vie.

Pour que ce trait fonctionne, la personne protégée doit elle-même être appréciée du public. Un héros qui arrête des criminels qui ont violé la loi ne gagne pas tant de sympathie que cela, mais quelqu'un qui s'élance pour sauver un animal ou un enfant peut en engranger beaucoup. Votre héros peut aussi sauver un objet, à condition que vous démontriez à quel point celui-ci est important pour les autres.

 

8. Charitable

Aladdin donne à manger à des enfants encore plus affamés que lui.

Votre héros donne à ceux qui en ont besoin. Et pas juste quelques pièces qui traîneraient au fond de sa poche, non : quelque chose dont lui-même aurait l'usage. Peut-être qu'il abandonne son propre repas à un démuni, ou qu'il fait don de son chapeau favori qui l'a si longtemps protégé du froid.

Un personnage qui agit de façon charitable ne semblera pas vraiment altruiste s'il est riche. S'il fait un don, il devra abandonner l'intégralité de sa fortune au risque de paraître mesquin. S'il est lui-même pauvre, sa charité fera en revanche forte impression.

 

9. Indulgent

Dans le manga Fruits Basket, Tohru voit le bien chez tout le monde.

Votre héros ne nourrit aucune mauvaise pensée contre qui que ce soit ; il pardonne les erreurs. Quand quelqu'un le traite mal, il suppose que cette personne passe juste une mauvaise journée. Il apprécie tous ceux qu'il rencontre, et discerne les bons côtés chez les personnages les plus difficiles.

Ce trait est plus frappant chez des adultes matures qui n'apparaissent pas comme naïfs. Les enfants peuvent aussi bénéficier de ce trait, mais le lecteur pensera que leur attitude positive vient de leur manque d'expérience, et qu'ils en reviendront en grandissant.

Les traits liés à l'altruisme fonctionnent dans de très nombreuses situations et sont très simples à mettre en œuvre pour l'auteur. Vous voulez qu'on aime votre protagoniste ? Foncez !

 

TRAITS LIÉS AU DIVERTISSEMENT

Ruby Rhod vous a prévenu : il faut que ce soit super green, ok ?

Ces traits fournissent au personnage une originalité qui accroche le lecteur. Cela peut lui permettre de faire souffler un vent de fraîcheur sur un genre très conventionnel ou de compenser une atmosphère par ailleurs très sérieuse. Néanmoins, prenez garde à ce qu'un personnage de ce genre soit bien tourné. Sinon, son originalité peut s'évaporer en ne laissant à votre lecteur rien d'autre à quoi se raccrocher.

 

10. Plein d'esprit

Deadpool est constitué d’environ 80% de vannes.

Votre héros débite des punch-lines cinglantes et autres sarcasmes, ce qui le rend fun. Il adopte une attitude irrévérencieuse face à des figures d'autorité ou des méchants intimidants. Il se met ainsi fréquemment dans des situations délicates, mais cela ne lui sert jamais de leçon et il ne tient pas sa langue pour autant.

Le « héros qui vanne à tout va » fonctionne mieux s'il est d'origine modeste. Par procuration, sa répartie instille alors au lecteur un sentiment de puissance dans des situations où ce dernier ne peut d'ordinaire se permettre de répondre si crânement. À l'opposé, un personnage riche et puissant qui se permet ce genre de répliques semblera juste méchant.

 

11. Excentrique

Dirk Gently est détective holistique. Tout est connecté.

Votre héros est excentrique et attachant. Il ne voit pas le monde de la même façon que les autres, ce qui lui permet de faire d'intéressants commentaires sur à peu près n'importe quoi. Il est souvent décontenancé par des choses que les gens ordinaires considèrent comme normales et fasciné par des choses que les autres pensent sans intérêt. Il possède une sorte d'innocence qui lui permet de critiquer sans paraître méchant ni même négatif.

L'excentricité fonctionne bien pour des personnages qui ne sont pas totalement humains ou qui possèdent un background étrange. Si votre héros a été élevé seul sur une station spatiale par un ordinateur éducatif, cela pourrait expliquer qu'il soit si bizarre.

 

12. Subversif

Shrek est le plus vert et le plus grincheux héros qui ait jamais existé.

Votre héros renverse les conventions établies et défie les croyances les plus enracinées. Il n'est pas le genre de personne censé être un héros, mais il s'en fiche. Il utilise son bon sens pour se moquer de ceux qui sont trop rigides, et bouscule autant de clichés que possible au passage.

Vous ne pouvez pas assigner une mission de subversion à un personnage que vous avez déjà créé par ailleurs : vous devez le construire dans cette optique dès le début. Tirez votre personnage d'une minorité qui n'est jamais représentée dans le genre où vous écrivez, et donnez-lui des caractéristiques que les héros ne possèdent jamais. Enfin, développez son attitude en conséquence.

Les traits de divertissement sont les plus piégeux à créer. La ligne est bien fine entre la bizarrerie qui charme et celle qui ennuie ou agace. Bien que l'un de ces traits suffise en théorie pour faire aimer votre personnage si le scénario fonctionne, envisagez de lui adjoindre un trait supplémentaire issu des catégories "compassion" ou "altruisme", juste au cas où votre bizarrerie ne tournerait pas comme vous l'espériez.
 



Votre héros ne peut pas avoir trop de traits positifs, et tous les traits ne conviennent pas à toutes les histoires. Si vous désirez lui en attribuer plus d'un, choisissez-les dans des catégories différentes ; cela vous garantira plus de retombées. À partir de là, tant que votre personnage possède à la fois des forces et des faiblesses, tout devrait bien se passer.

 

Stéphane Arnier est auteur de fantasy. Entre deux romans et un concours d'écriture, il explore dramaturgie et narration sur son blog.

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